Près de 370 personnalités ont
signé une pétition lancée par Attac et la Fondation Copernic, qui propose un "
accroissement des prélèvements sur la richesse produite " pour financer le
système
A quelques jours de la remise du rapport du
Conseil d'orientation des retraites (COR), l'association Attac et la
Fondation Copernic rendent public un
appel, mercredi 7 avril, à la Bourse du travail de Paris.
370 personnalités issues de la gauche
syndicale, politique, associative mais aussi des milieux des économistes et des
sociologues, y dénoncent " le coup fatal au système de retraites par
répartition " et appellent à " une vaste mobilisation citoyenne "
pour défendre une autre voie.
Les pétitionnaires s'en prennent sans
ambages aux réformes du gouvernement envisageant la suppression de l'âge légal
de départ à la retraite à 60 ans, la remise en cause du calcul des pensions sur
les six derniers mois d'activité dans le secteur public et l'allongement de la
durée de cotisation.
Ils mettent également en cause les
travaux du COR qui préconiseraient la mise en place d'un système par points.
" Il s'agirait , dénonce le texte, de ne plus avoir à assurer un
taux de remplacement de salaire défini à l'avance et de faire de la variation
du niveau des retraites le moyen d'équilibre financier des régimes.
"
Pour ces contestataires, toutes ces
pistes mèneraient à " une régression sociale " , dues non aux
contraintes démographiques invoquées mais à la logique de réduction des
dépenses publiques à l'oeuvre depuis des mois. Ils suggèrent donc d'inverser le
raisonnement économique pour renflouer le système et préconisent, notamment,
" l'accroissement des prélèvements sur la richesse produite "
.
Les besoins supplémentaires de
financement auraient été estimés par le COR, en 2007, de 1 à 2 points du
produit intérieur brut (PIB) jusqu'en 2050. Une augmentation " réalisable
" au regard de " l'explosion des dividendes " , qui sont passés
de 3,2 % à 8,5 % du PIB dans les dernières vingt-cinq années, insistent les
signataires.
" Le financement des retraites est possible à
condition d'en finir avec l'actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice
des revenus financiers " ,
écrivent-ils encore. Ils appellent la gauche à faire" sauter ce tabou
" et faire ainsi un choix politique " de justice et de solidarité
" .
L'appel, signé par les trois syndicats
les plus en pointe sur le dossier - CGT, FSU et Solidaires - et la gauche
radicale comme le PCF, le NPA et le Parti de gauche, a rallié également les
Verts en la personne de Cécile Duflot, leur secrétaire nationale, et quelques
figures socialistes, proches de Benoît Hamon, comme Razzy Hammadi, Régis
Juanico ou le député européen Liem Hoang-Ngoc.
Le texte porte aussi les signatures de
prestigieux sociologues tels Robert Castel, Luc Boltanski, le philosophe
Patrick Viveret ou de personnalités tels l'écrivain Susan George, la présidente
du Syndicat de la magistrature, Clarisse Taron, et l'animateur du collectif
Sauvons la recherche, Georges Debrégeas.
Mais ce sont surtout les quelque 90
économistes présents qui donnent un crédit particulier à l'initiative. On y
retrouve des noms connus du milieu de la recherche économique, peu habitués à
ce type de démarche engagée : André Orléan, Olivier Favereau et François Eymard
Duvernay, fondateurs de l'Ecole de la régulation, Henri Sterdyniak, spécialiste
des retraites à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE),
Jean Gadrey, ancien membre de la commission Stiglitz sur les indicateurs de
richesse.
L'appel marque ainsi un retour des intellectuels
dans le débat politique qu'on n'avait guère plus vus depuis l'appel de
solidarité avec les grèves de 1995 de Pierre Bourdieu.
Au-delà de la collecte de signatures connues,
les initiateurs entendent contribuer à " une vaste mobilisation citoyenne
pour stopper cet engrenage " . L'appel devrait servir de support à des
réunions publiques et des comités locaux. " Nous cherchons à créer un
courant d'opinion sur le fond du sujet capable de montrer qu'il y a d'autres
solutions " , explique Pierre Khalfa, de l'union syndicale
Solidaires.
Reste que l'initiative risque de mettre en
lumière les divisions de la gauche. Contactée, la direction du PS n'a pas donné
suite. Difficile de trouver une position de consensus sur la défense du système
existant quand François Hollande ou Manuels Valls se sont ouvertement prononcés
pour un allongement de la durée de cotisation.
La pétition :
exigences-citoyennes-retraites.net